Naked Activities in Europe

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NEWT 2006 Christian's Report

...If Man were Meant to be Naked, he would have been Born Naked  

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Voici mon compte rendu de mon NEWT 2006(Naked Europe Walking Tour), tour
d’Europe nu à la marche : Un organisateur super sympa Rich, anglais très
british avec son parapluie, même pendant notre périple a récidivé lors d’un
parcours de 2005 à travers les Alpes, mais cette fois ci, pas seul, avec des
personnes contactées sur le site http://www.nakedeurope.org.  L’info avait bien
circulée quelques semaines, voire quelque mois auparavant, sur les groupes de
discussion, au départ, sur la world ride, puis sur randonnue et les autres
groupes.  Plusieurs personnes étaient intéressées, soit une quinzaine de
marcheurs, hélas aucune femme.  Au final seulement 7 personnes prendront le
départ et 3 finiront réellement en totalité, dont moi (et deux jusqu’à la
frontière italienne) Le départ avait été prévu pour le 1 juillet devant la gare
de Garmisch Partenkirchen, en Allemagne du sud, belle région du Tyrol, pas loin
de la frontière autrichienne.  Le but est de traverser en 7 jours, à partir de
l’Allemagne, l’Autriche, du Nord au Sud dans sa partie la plus étroite, via
Innsbruck et la vallée de l’Inn, et de finir en Italie à Vipiteno, soit 120
kms, au plus court par les routes directes ou l’autoroute.  L’autre challenge
était de le faire nu le plus longtemps possible, i.e., d’éviter les routes et
villages. Mais en montagne, ici, les Alpes, les sommets avoisinants s’érigent
entre 2000 et 3000m. Il faut donc passer d’un sommet à un autre régulièrement
dans la journée et rester assez haut pour ne pas s’approcher des villages.
Nous estimons avoir parcouru environ 140kms, soit une moyenne de 20kms par
jour, la plus longue fut celle du 5ème jour ou nous sommes partis à 6h00 pour
s’arrêter à 22h00, avec trois heures de halte en totalité, tout de même. Les
dénivelés dépassaient les 1000m,très souvent et en cumul, je n’imagine pas le
chiffre.  
 

Les cartes que nous avions ne donnaient que les grands chemins, pas
comme en France, plus précises, quand celles ci étaient bonnes. Seules deux
erreurs nous aurons valu de perdre deux fois une demi-heure de marche. Je
précise que Rich, l’organisateur avait réalisé ce parcours l’année précédente
mais pas de la même manière. Il fallait improviser souvent et en montagne il ne
faut pas se tromper souvent. Nous avons peut-être pas réalisé le parcours
idéal, mais nous avancions dans le bon sens. Le point de repère était le
soleil, car nous filions plein sud et, chose rare dans cette région, le soleil
a été de la partie sauf la dernière journée et durant trois nuits, nous avons
dû trouver un toit pour dormir L’équipement devait être conséquent, pour tenir
cette semaine, i.e, porter un sac à dos d’environ 15 kgs, avec tente, duvet,
matelas,  eau, nourriture et matériel de cuisine, appareil photo, et le minimum
en habit, au cas où, en montagne ou sous les orages. Je ne me suis servi
d’aucun habit durant ces 7 jours, y compris sous la pluie de la dernière
journée et le soir, même à 2000m, sauf de mon petit short rapide (que je nomme
jupette)pour les trois ou quatre villes traversées et les gasthofs
(tavernes/refuges de montagne où les boissons nous attendaient), que j’ai perdu
d’ailleurs l’avant dernier jour, entre deux églises juchées sur de magnifiques
promontoires.  Pour arriver à Garmisch-Partenkirchen, j’ai fait en voiture le
chemin inverse en venant donc d’Italie, en étant parti de Chambéry, via le
tunnel de Fréjus, Turin, Milan et Bolzano. Soit 860kms. Mon voyage fut ponctué
par une petite interception des carabiniers. Ces derniers m’avaient repéré dans
mon Alpha sans phares allumés(en Italie, les véhicules sur autoroute, en plein
jour, doivent être éclairés) Ce n’était donc pas ma nudité qui était en cause
(je roule depuis des années nu), mais pour le seul petit français dans les
parages, je méritais cet arrêt et cette obligation. J’étais en règle et blanc
comme neige, du moins bien bronzé comme nègre, de la tête aux pieds. Ils m’ont
laissé partir après vérification des papiers non sans avoir passer le bras par
la portière pour enclencher mes phares. Pas gênés ces carabiniers ! ! ! J) Je
m’étais entraîné en montagne avec nos amis de Rhône Alpes la semaine précédant
le départ par le pic du Rognier (2341m) dans le massif de Belledonne et lors
d’une autre course vers la dent du Chat, près de Chambéry. Je suis arrivé la
veille au soir à Garmich-Partenkirchen pour un pré-rendez-vous informel avec
les trois premiers marcheurs, soit Rich, notre anglais organisateur, Russ, un
autre anglais, et Douglass un ancien guide de montagne néo-zélandais de 77 ans.
Autour de bières allemandes, nous avons fait connaissance et poser nos
questions, parmi une foule en liesse car l’équipe allemande de foot venait de
battre celle d ‘Argentine. Après une bonne nuit de repos, suite à mon long
voyage en voiture, nous nous sommes retrouvés à 7 devant la gare à 9h00, le
samedi 1er juillet. Il y avait en plus David, un américain, Chriss, encore
anglais et Konrad un suisse allemand. Pas d’autre français, donc. J’ai compris
tout de suite que mon périple allait s’orienter vers un stage intensif dans la
langue de Shakespeare, et ce fut le cas jusqu’au bout. Certains parlaient un
peu le français. Au final je crois que j’ai plus galéré pour parler que pour
marcher., car je devais rester attentif au moindre discours et j’oubliais les
pas que je faisais. Mon anglais s’est donc amélioré en oral, toujours çà de
gagné. La moyenne d’âge était de 50 ans, sauf pour Doug, bien plus âgé. Nos
professions étaient variées : libraire, traducteur, chômeur, auteur, régisseur,
programmeur et retraité.

 
1er jour Le premier jour a démarré de cette gare. Nous avons suivi un torrent.
Nous nous sommes mis nus, presque avant la dernière maison pour aller  vers  un
défilé étroit avec torrent semblable à celui des gorges de la FOU dans les
Pyrénées orientales près d’Amélie les bains pour ceux qui connaissent (un
coucou au passage à Yves et Yonnie du camping naturiste le Ventous) C’était les
gorges de Partenklamm et nous étions un samedi et pleins de touristes nous
croisaient, nus. Nous sommes restés à la caisse, nus comme cela, à régler nos
deux euros de passage. Rich a préféré régler la totalité pour éviter
l’affluence et le temps passé devant la caissière surprise mais assez ravie. En
effet, chacun aurait dû poser son sac à dos, fouiller dedans pour sortir sa
monnaie, discuter avec la caissière, puis à nouveau s’afférer dans son sac et
le recharger sur ses épaules. J’ai compris à ce moment que notre pourcentage de
nudité dans cette marche allait atteindre des valeurs supérieures à 90%. Nous
étions seulement à 800m du centre de la ville.  Nous suivîmes le défilé
impressionnant, dans une atmosphère humide et sombre, avec le vacarme des eaux
deux mètres plus bas, tapant ces pentes et cailloux, lisses d’usure. L’eau
perlait aussi dans les étroits passages et tunnels sans lumière. Nous avons
doublé plusieurs groupes de touristes, jamais  gênés, plutôt souriants. Des
photos ont été prises par les touristes, mais le cadrage a dû nous inclure pour
certaines.  Passé ce défilé magnifique,  nous avons attaqué notre première
pente dans les sous-bois, vers le Kalbersteig. Notre première montée d’environ
400m a permis de nous tester, de mesurer aussi le poids de notre sac à dos.  La
montagne montrait déjà sa puissance, vu du bas. Nous devions traverser de
grandes forêts de pin durant cette première journée, par des sentiers étroits
et raides par moments.  


Nous poursuivîmes notre marche, à flan de montagne, au
pied du Wetterstein, un énorme mur de pierre, sortant de la forêt. Notre
direction était plein Ouest, vers la ville de Mittenwald.  C’est à ce moment
que David a commencé  à avoir des problèmes avec son sac à dos. Visiblement son
sac n’était celui qu’il fallait pour ce genre d’aventure, mais surtout qu’il
contenait bien trop de choses superflues. Nous nous sommes répartis, une partie
du contenu de son sac pour avancer normalement.  Les paysages parcourus en
montagne sont toujours magnifiques et j’avais seulement une crainte : celle des
tiques. En France je suis le premier à les attirer et il est dit que
l’Allemagne et l’Autriche sont infestées de ses sales bêtes. Eh bien en une
semaine pas une seule tique. Il est possible qu’elles ne  supportent pas
l’altitude. Le premier jour que je suis rentré en France, j’ai fait un petit
tour dans les bois de chez moi. J’ai attrapé une douzaine de ces bêtes en
seulement une demi-heure, C’est fort. L’idéal est que je vive en montagne ! ! !
(bonne idée … à creuser ? ?) La forêt est magnifique et bien entretenue par les
forestiers allemands. Les stères de  bois sont rangés parfaitement, bien
protégés. Aucune  bûche ne dépasse de plus de 1 cm  des autres. On sent la
rigueur de ces hommes des bois. Dans les villages, chacun possède son stock de
bois, bien aligné sous son chalet, tel un dessin complétant les balcons
largement fleuris.  Les chemins sont également bien entretenus. Nous étions
donc un samedi et les sportifs en VTT se sont fait nombreux. Souvent nous
rencontrions le couple, homme et femme, à l’allure sûre, jamais en danseuse sur
des pentes très raides. Les femmes nous rendaient plus facilement le bonjour,
« Morgen »…  « Morgen », avec un grand sourire, ou avec le pouce levé
d’encouragement. Quelque fois des familles avec enfants un peu plus courageuses
se risquaient à atteindre les hauteurs (certainement avec un rapprochement en
voiture le plus haut possible) Là non plus, aucune remarque, comme si nous
n’existions pas, mais souvent un sourire.  Les montagnards sont très sportifs,
du moins marchent fréquemment de bonnes pentes, ici comme en France.  Il y a de
quoi faire et profiter de ces paysages souvent sauvages. De plus nous n’avons
jamais trouvé de tas d’ordures, ni même de poubelles(ce qui démontre le respect
et la confiance des locaux) Chacun rapporte ses déchets à son retour en vallée,
comme nous le faisions. Si tout le monde suivait ce principe nous serions sur
une terre encore plus agréable et plus vaste.  


Le groupe avance et les
conversations, en anglais, fusent de toute part. Les kilomètres défilent,
ponctués de rares pauses. Seules deux longues pauses par jour, d’environ une
bonne heure, autour d’un jus de pomme pétillant ou d’une bière, ou des deux,
pris dans ces restaurants/refuge d’altitude.  Nous n’avions pas le même rythme
de nourriture. Il y avait un végétarien Chriss, le seul, avec la manière
hollandaise bien qu’il fut anglais. Ce dernier ne pouvait démarrer sa journée
qu’après un petit déjeuner très copieux et était en matinée toujours le dernier
à partir, sans ce réconfort.  D’autre se contentaient d’un simple café, comme
notre organisateur, toujours prêt et soucieux de son programme. Enfin d’autres
attendaient le premier resto d’altitude pour se faire servir une bonne assiette
de charcuterie ou un gâteau aux framboises. Nous avions comme repère ces fameux
restaurants  sur notre parcours, appelés gasthofs, afin de ne pas se charger
trop de nourriture. Seule une ration de nourriture composait notre sac à dos.
Par deux fois, nous dûmes l’utiliser  et nous la répartir comme à l’auberge
espagnole. J’avais emmené un stock de soupes diverses. Avec nos deux réchauds
et casseroles, nous pûmes compléter ces deux repas.  Le clou de notre périple
fut une surprise au détour d’une montée. Nous étions derrière un troupeau de
vaches qui cachait la vue du chemin. Nous avancions parmi ce troupeau qui d’un
seul coup s’écarta, non pas sur un chemin vide, mais sur un pont et ses abords
chargés de spectateurs, environ 150 personnes.  Elles étaient toutes de dos, à
regarder en amont de cette gorge canalisant une rivière très vive.  Qui
avait-il à regarder ? Nous ne pûmes arriver assez tôt sur le pont pour le
savoir. Toutes les têtes se tournèrent dans notre direction avec des
applaudissements, des rires, des bras de bienvenue, les appareils photos
crépitèrent.  Impressionnant, Nous venions de détourner les regards d’un
spectacle de funambules au-dessus de cette gorge.  Les gens étaient sur le
pont, plein à craquer, les rives aussi et même certains dans les arbres pour
mieux admirer les équilibristes. Des banderoles annonçaient l’événement. Le
spectacle pris donc une autre tournure et le pauvre sportif du moment sur son
filin ne put faire que quelques pas tellement il se passait des choses autour
de lui. Il a voulu prendre le risque de regarder cet événement et perdît pied,
Heureusement, une corde de sécurité le retint  et il pût s’agripper et revenir
sur le filin. Une caméra TV était présente pour ce spectacle et filma les
alentours. Nous restâmes un moment à profiter du spectacle qui se poursuivait.
Les choses reprirent presque la normale après quelques minutes malgré notre
présence sur le pont et notre tenue. Au moment où nous reprîmes la route, un
spectateur voulût nous filmer et nous suivît pendant plusieurs dizaines de
mètres, caméra en route. Nous quittions la foule et le chemin principal
seulement quelques mètres après le pont. Nous aurions presque pu ne pas faire
partie de ce spectacle si notre chemin  avait évité ce pont. Un bon souvenir
pour nous, mais aussi pour tous ces gens.  


Puis  nous sommes redescendus vers
un lac très touristique et surtout idyllique. Quelques cyclistes nous ont
encouragés et une femme s’est arrêtée pour s’informer de notre périple et nous
féliciter pour la tenue par un pouce relevé très ferme.  Arrivés au bord du lac
et du Ferchensee gasthof attenant nous mîmes nos habits à dix mètres de
l’entrée. Notre charmante cycliste déjà présente nous adressa encore la parole
et repartit ravie de notre rencontre dans ce restaurant.  Nous fûmes repérés
par notre paquetage conséquent, notre groupe assez bruyant et parlant anglais.
Certains devaient se poser la question quant à nos tenues, surtout pour la
mienne (je porte une jupette courte, sans rien d’autre) ainsi que celle de
Konrad, notre compagnon suisse avec un grand pagne. Ma tenue habituelle, la
nudité,  était dans de rares moments effacée par ma célèbre jupette. En effet,
comme Konrad, nous pouvions soit nous couvrir, soit nous découvrir en marchant.
Rich a apprécié cette tenue, car lui et nos autres compagnons devaient
s’arrêter, poser leur sac à dos et enfiler leur short, puis recharger leur sac.
Bien difficile et long. Heureusement que sur nos six jours de randonnée, nous
l’avons fait en moyenne 5 à 6 fois par jour, pour des centaines de personnes
rencontrées. Mon autre tenue était composée de deux types de souliers : des
scandales simples que j’ai utilisé la moitié du temps, bien usées à l’arrivée
et des baskets l’autre moitié du temps. Au départ de Garmisch, l’organisateur
m’avait dit que le parcours serait moyennement accidenté. J’ai donc préféré
m’alléger, au risque de souffrir dans les sommets. Mon choix s’est avéré bon,
car je n’ai pas eu à me plaindre de l’outil principal du randonneur : les
pieds.  D’autant que je sortais de guérison suite à une blessure au talon. Le
parcours fut pourtant accidenté, avec rochers, pierreux, glace, pentes
glissantes et étroites, avec aussi de nombreuses racines.  Après cette pause,
nous quittâmes ce lieu, en longeant le lac. Seulement 20m plus loin, nous
étions à nouveau nus parmi les roseaux, mais aussi sur ce petit chemin au
milieu d’une belle pelouse et ses quelques familles se reposant au calme, au
pied des montagnes avoisinantes. J’aurai bien voulu me baigner dans ce seul lac
rencontré pendant notre marche, mais ce dernier était réservé aux pêcheurs.
J’aurai l’occasion plus tard de me baigner dans quelques rivières tout de même.
Après  quelques sommets à 1800m, nous dûmes quitter David, l’américain au sac à
dos inadapté. Ce dernier n’avait pas également  l’entraînement suffisant. Un du
groupe l’accompagna  dans la vallée pour qu’il rentre chez lui, par le train.
Nous nous retrouvâmes le soir à six, dans un restaurant pas trop haut, le
Gletscherscliff gasthof, après le retour de cet accompagnateur improvisé. La
journée n’était pas terminée. Quelques  kilomètres plus loin, nous trouvâmes un
magnifique bord de rivière pour planter nos tentes.  Le soleil allait se
coucher, mais fournissait un spectacle de couleur, d’ombres sur les parois
avoisinantes, tout à fait différent de la journée. Nous attendions impatiemment
le rendu du matin. La nuit se fit étoilée et …reposante pour nous.


2ème jour Effectivement, au deuxième jour, la chaleur du soleil matinal se fit
dans nos tentes. Les couleurs de la veille nous donnaient l’impression d’avoir
changé de secteur. La forêt n’était plus la même, le sable et les galets de la
rivière avaient grossi, semble-t-il, les pentes nous paraissaient plus
éloignées. Nous fîmes chauffer notre eau pour le café ou le thé, avant de tout
remballer et partir. Nous étions trois avec une tente, et les trois autres
avaient une sorte de sac tente avec duvet. J’ai toujours dormi nu dans mon
duvet ou sur mon duvet, dans ma tente. Les nuits n’ont jamais été très froides
(environ 10°C le plus froid) Nous nous couchions vers 10H00 en tente ou vers
11H00 si nous étions en refuge. Le levé fut varié, mais compris entre 5H30et
7H00.  Les premiers pas sur le plat nous permirent de bien chauffer notre
corps. Il fallait passer ce matin la frontière autrichienne à moyenne altitude.
Nous entrions dans l’immense domaine de KARWENDEL, ensemble montagneux au Nord
d‘Innsbruck, composé de nombreuses vallées, mais surtout d’une suite de sommets
de près de 3000m de haut sur environ 30kms de long.  Nous étions dimanche et
les touristes se faisaient plus nombreux. Passés la frontière, au milieu de la
forêt, sans rencontrer âme qui vive, nous reprîmes ensuite notre ascension sur
de longues routes forestières bien pentues. Mais plus nous avancions dans notre
marche dans la journée, plus nous rencontrions des cyclistes, certainement une
bonne centaine, ce jour là. Notre tenue fut souvent appréciée et commentée,
sinon, certains, mais rares, baissaient la tête de peur de voir le diable. Un
couple nous a même demandé pourquoi les femmes ne nous accompagnaient pas.
Tristement, nous pûmes répondre qu’elles n’avaient pas osé, mais qu’elles
seraient là l’année prochaine. Je pense et j’espère revivre cette expérience et
je pense et j’espère qu’une ou deux femmes pourront se joindre au groupe. Il
faut qu’elles soient sportives et résistantes, mais pas des superwomen. Nous,
les hommes, pourrions porter la plus grosse partie de leurs affaires, mais je
n’engage que moi..  Nous poursuivions notre chemin en grimpant assez haut pour
passer d’une vallée à une autre. Puis après une tentative pour suivre une
rivière, nous dûmes rebrousser chemin tellement le passage était envahi par la
végétation et des rochers glissants. Après avoir contourné une colline, nous
retrouvâmes le chemin désiré, puis de belles mais interminables allées
forestières. Le soleil nous tapait dessus, sans nuages, mais avec nos corps
scintillants de sueur.  Nous arrivâmes finalement au pied d’une rivière assez
large. Je profitais de cette masse d’eau turbulente pour m’y baigner. L’eau
avait cette couleur particulière d’un bleu gris-jaune, difficile à définir,
mais facilement identifiable une fois dedans. Elle était très froide, glaciale,
bien inférieure à 10°C(certainement à 6/7°C) en ce 2 juillet 2006, sous un
soleil de plomb. Cette eau froide me convenait car j’y suis habitué et cela me
permit de reposer mes muscles. Je m’y suis trempé entièrement y compris la
tête, dans un coude un peu plus calme.  Nous vîmes un canoë en amont du coude
qui s’arrêta. Il devait faire partie d’un groupe. Nous attendions  qu’il
descende pour le prendre en photo. Il était encore loin et ne pouvait
distinguer notre nudité. Puis nous vîmes trois canoës le dépasser et fondre sur
nous. Le premier, conduit par une femme prit les flots parfaitement entre les
rochers, avec juste un petit regard dans notre direction. Le second, également
conduit par une femme, suivît un tracé plus large, même trop large. Sûrement  à
cause d’un regard trop long ! ! ! En effet le canoë vira trop loin, et heurta
une branche basse, du seul arbre de la rive opposée. La pauvre femme dessala.
Le canoë passa vide devant nous, puis son pilote à plusieurs mètres dans les
flots rageurs qu’ils l’entraînaient à grande vitesse au milieu des rochers.
Par chance un grand coude se profilait 50m plus loin et notre nageuse
improvisée pût regagner la berge, tandis que sa compagne de tête stoppa l’engin
vidé de sa conductrice curieuse. Le reste du groupe passa  sans encombres
devant ces naturistes inattendus. Nous les saluâmes et le chef de file répondît
gentiment à notre salut Nous pûmes faire une grande pause, surtout que le site
était merveilleux.  Cette vallée, illuminée par notre chaud phébus, rendait la
rivière pleine de vie mais aussi d’étoiles, à chaque goutte d’eau frottant ces
rochers blancs et bien polis au fil des années. Les ombres des arbres
fournissaient de beaux contrastes. Le tumulte de cette veine de vie montagneuse
permettait tout de même d’apprécier le chant des oiseaux. Le vol de ceux ci
s’éternisait vers les sommets, mais nous rendait humbles et si faibles. En
quelques coups d’ailes, ces minuscules corps nous narguaient d’avoir parcouru
cette vallée dans la minute alors que nous la faisions dans l’heure. Et cela en
chantant et nous en suant.  La journée pris fin au pied d’un col enneigé à plus
de 2000m, dans une gasthof isolée dans une grande prairie, la Kastenalm, tenue
par un fermier vrai de vrai (bleu en tenue, moustache, chapeau tyrolien et
bretelles, bottes) avec les vaches tout autour. 


Le paysage était encore
magnifique. Cette large ouverture de verdure nous permettait d’apprécier trois
vallées entourées de crêtes entre 2000 et 3000m. D’un coté le jaune des flans
éclairé par le soleil couchant, de l’autre coté le relief accentué de la forêt
ou des éboulis sur les autres flans ombragés. Ce que nous distinguons le soir
sera invisible le matin et les  détails vus à l’aube seront confondus avec le
reste au coucher du soleil. Le spectacle est permanent et non figé. Spectacle à
360°, de droite à gauche, spectacle à 360° de bas en haut, gratuit, à volonté.
Plus aucune envie de regarder la télé à ce moment ! ! ! sauf que….  Nous étions
le dimanche 2 juillet et qu’il y avait ? Paraît-il ? la coupe du monde de foot
en Allemagne. La France était-elle encore en course ? ? J’osais poser la
question à notre fermier autrichien. Sa réponse fut sans appel : « C’est de
quoi vous parler ? » Ce dernier n’avait aucun moyen de communication, hormis le
son individualisé de chacune de ses vaches, ainsi que de son chien en activité
pour rentrer tout le monde au bercail chaque soir.  Pour lui, le foot et la
coupe du monde était le dernier de ses soucis et peut-être une inconnue. Nous
étions ainsi loin de ces  préoccupations, mais un soupçon de patriotisme
continua de germer en moi. Et si nos bleus restaient dans la course ! ! J’osais
et alla à la dernière table occupée par un père et sa fille. L’homme,
autrichien ne put comprendre l’anglais, encore moins le français. Par contre sa
fille me comprît en anglais. Je pûs enfin savoir, avec 24h00 de retard,  que la
France avait battu le Brésil par 1 à 0 et devait affronter le Portugal en
demi-finale. Cela me ravît tout de même et m’aida le lendemain. Certes mes
compagnons de route avaient depuis longtemps plié le sujet au fond de leur
mémoire comme leur équipe respective avaient plié leurs valises(Angleterre/
Suisse/USA)  Je savourais à ce moment une bière de plus et me fît servir une
bonne assiette de jambon de pays, avec quelques tranches de fromage posées sur
de succulentes tranches de pain maison. Ce fut une petite fête à ma façon.
Nous dépliâmes d’ailleurs nos tentes non loin de cette auberge pour un repos
bien mérité, au milieu d’une forêt de sapin très clairsemée, au bord d’une
petite rivière. Nous voulions profiter le lendemain des premiers rayons de
soleil.


3ème jour Effectivement, le troisième jour démarra par un réchauffement de nos
tentes dans cette magnifique vallée.  Nous avions bien positionné notre
campement. L’eau chaude, fournit par nos deux réchauds et casseroles, nous
permit comme depuis deux jours à prendre café ou thé du matin. Les croissants
n’étaient pas là, mais nous avions des biscuits et des fruits. Seul Chriss
compléta son petit déjeuner avec des œufs et haricots et même peut-être
d’autres aliments. Il fut d’ailleurs le dernier à décoller mais bien rassasié.
Mais avant cela nous avions profité de la rivière à proximité pour nous laver.
Pour ma part, j’avais choisi de ne pas me raser depuis une dizaine de jours,
surtout pour ne pas emmener le matériel de rasage et alléger ( J ) mon sac.
Cette matinée commença durement. En effet nous devions passer un col à plus de
2100m de notre vallée positionnée à environ  1000m et ceci directement, soit
100% de montée pour 1100m de dénivelé, à froid. Doug, notre ancien guide de
montagne, certes âgé, grimpa avec moi, à une allure régulière mais soutenue.
Rich, voulût nous faire ralentir, car lui ne suivait pas. Nous lui répondîmes
que c’était notre rythme et que nous l’attendrions au sommet du col. Nous avons
croisé deux jeunes femmes, qui  ont retrouvé le reste du groupe pour une séance
photos particulière. Rich et un autre compagnon du groupe ont posé nus avec les
deux jeunes femmes, ravies de revenir avec un souvenir  inédit. Que diront
leurs amis au retour ! ! ! L’essentiel fut le bonheur de cette rencontre, de
cet échange vrai et naturel, de part et d’autre.  Nous avons continué à monter
vers le col, le Hallerangeralm, au Nord est d’Innsbruck. Heureusement le
versant de montée était plein sud est, ce qui fît que nous n’avions pas les
rayons du soleil sur nous. Par contre cette orientation nous fit passer sur une
énorme plaque de glace que nous dûmes traverser en biais, vers les 1800m. Le
passage était étroit, mais long de 20m et nos pas ne pouvaient suivre que ceux
des gens passés avant nous. D’ailleurs, notre groupe dut se séparer un moment
pour laisser passer un couple venant en sens opposé. Le moment fût délicat, car
il n’y avait aucune corde et une pente très forte à cet endroit sans aucune
prise sur cette glace. Rich, notre organisateur anglais, très flegmatique
utilisa son parapluie comme bâton, ce qui redît cette scène très inédite. Ainsi
le couple croisé venait de rencontrer un homme nu traversant un pan de glace
vertigineux, dignement avec son parapluie (et cinq autres énergumènes, aussi)
Après ce passage, nous avions encore 300m à grimper, avec le soleil maintenant
assez fort. Aucun arbre à l’horizon. Seulement des cailloux et de gros blocs.
Nous prîmes une pause. A ce moment un hélicoptère nous survola et piqua sur la
montagne proche. Que faisait-il vers ces pentes abruptes et sans vie ? Il resta
immobile au loin quelques secondes. C’est alors que nous vîmes un troupeau de
chamois d’une dizaine de têtes courir vers le point stabilisé que venait de
quitter l’oiseau de fer. C’était justement l’approvisionnement de ces animaux
dont nous n’avions pas remarqué la présence. Comment pouvaient vivre ces
animaux dans ce coin, au pied d’un éboulis d’au moins 100m de large avec des
parois d’une verticalité parfaite, tout autour? Magnifique ! Merveilleux ! !
Époustouflant ! !  Le paysage valait cet arrêt, mais il fallait continuer. Les
cailloux glissaient sous nos pieds et la sueur glissait toujours sur notre
peau. Enfin nous arrivions à ce col. Les pics autour de nous devaient être à
2700m. Mais le plus beau ne fut pas cette vue, mais ces vues plongeantes vers
trois vallées dont la plus grande donnait sur Innsbruck. D’un coté une montagne
nue et concave, bien bronzée, avec une peau douce. Seul un sillon serpentait
sur ses flans. En regardant bien nous vîmes deux minuscules insectes grignotant
ce sillon. Comment pouvaient circuler ces deux randonneurs ici ? Allions nous
prendre le même chemin ?  De l’autre coté une large gorge ouverte et verte,
prête à nous accueillir avec le soleil éclairant ses extrémités. Ce sera
d’ailleurs notre direction quelques minutes plus tard. En fin derrière nous, la
vallée que nous venions de traverser plus sombre, mais très riche en paysages
et maintenant en souvenirs. Nous étions en haut, dans d’un très ancien glacier.
La pause agrémentée de photos fut donc jouissive. Excusez le peu, mais le site
quoique qu’assez peu haut, méritait ces démonstratifs. Une randonneuse passa
avec son chien, mais ne daigna pas s’arrêter  et profiter du paysage. Nous
l’avions peut-être surprise et cette dernière était toute seule avec son chien.
Alors que faire avec six hommes nus, isolés à ce sommet ?  Nous reprîmes le
chemin par une longue descente vers l’Est  d’Innsbruck. Nous venions de
contourner ce massif d’Autriche au Nord d’Innsbruck. Il fallait donc le
contourner soit vers l’Ouest, soit par l’Est. Rich, l’année passée avait pris
l’option Ouest. 


Cette année nous prîmes l’option Est. Nous voulions surtout
éviter le plus de maisons possibles. Nous fîmes plus de kms par cette voie,
mais le point de vue et les vallées précédentes valaient le détour, dans tous
les sens du terme.  La descente fut longue, toujours sous le soleil, mais nous
nous racontâmes encore ce que nous venions de voir, ce qui nous fit oublier la
difficulté de ce passage. Un couple de personnes âgées nous croisa en partie
finale, vers la St Magdelena gasthof où l’Apfelschoerle nous attendait (jus de
pomme pétillant, frais) Nous reprîmes la route, encore plus bas vers la vallée
de l’Inn, à Inntal exactement, petit village. La fatigue se fit sentir, surtout
après cette longue descente. Nous eûmes un différent, sur le parcours à
programmer pour la suite, ce qui mis mal à l’aise notre ami Doug. D’ailleurs,
cet incident avait entamé son moral et contribua  certainement à son abandon du
lendemain.  Enfin, nous atteignîmes la banlieue est d’Innsbruck, à Baumkirchen,
ce soir là.  Nous fîmes quelques courses, habillés tout de même (jupette
uniquement pour moi) et trouvâmes en face de l’épicerie de ce petit village de
banlieue, un restaurant. Le bar était plein et nous pûmes nous installer sur la
terrasse, bien isolée à l’arrière, au bord d’un torrent et de la belle église
locale. Cette proximité nous a valu le bruit incessant de l’eau et le carillon
du clocher tous les quarts d’heure. Nous pûmes manger, simplement mais
suffisamment, tranquilles sur cette terrasse. La patronne, très charmante, nous
invita  à dormir là, lorsque l’orage éclata en fin de repas. Les mouches et
insectes volèrent dans tous les coins. Moi et Rich faisions un concours de
capture de mouches, aidés en cela d’une carte et d’une tapette prêtée par la
patronne. A la fin, le sol était jonché de cadavres de plusieurs dizaines de
mouches. Il fallait bien protéger nos assiettes et bocks de bière ! ! ! Ce fut
un grand moment de rigolade de plus. Vers  22h30, nous étalions nos duvets sur
les dalles du sol, parmi les bruits toujours présents déjà cités, mais avec
quelques ronflements supplémentaires au bout d’un instant.


4ème jour Au petit matin, vers 7h00, notre hôte avait préparé le
petit-déjeuner, très copieux, avec un unique croissant pour le petit français
que j’étais, mais plein d’autres éléments : charcuterie diverse, fromages
variés, œufs, yaourts, confiture, miel, plusieurs pains, thé et café, lait et
jus de fruit. Dans la bonne humeur nous liquidâmes les plats, vraiment
totalement, car s’il restait un petit morceau de pain ou de fromage, il pouvait
être le bien venu dans la journée.  Après une longue discussion avec la
patronne qui approuva notre raison de voyager,, nous lui proposâmes de prendre
une photo de groupe, elle comprise. Elle n’a pas compris la subtilité de ce
cliché tout de suite, mais lorsque Rich et Russ eurent le short aux chevilles
et ma jupette déjà décrochée, elle s’écarta du groupe rapidement pour ne pas
trop cautionner la visite de ces 6 braves randonnueurs. Nous dûmes prendre la
photo, habillés, notre brave autrichienne au milieu, ce coup-ci, mais rassurée.
Là encore tout se passa dans la bonne humeur.  Malheureusement, ce matin, notre
ami Doug avait fait le choix de ne pas poursuivre, malgré nos réconforts
respectifs de la veille. Après une centaine de mètres, celui-ci prit la route
de la gare et nous le chemin vers Volders, la ville de l’autre coté de l’Inn et
de l’autostrade, au pied de la montagne suivante. Chriss fit comme moi quelques
courses encore. Nous n’allions pas voir de commerces pendant deux jours. Ces
quelques kilomètres obligatoires de bitume nous irritaient. Il faisait toujours
très chaud et ce type de revêtement au milieu des voitures n’est en rien
comparable aux sentiers forestiers Le chemin, le plus facile aurait été de
suivre les villages dans la vallée, au bord des routes, où c’est plus court.
Mais nous voulions  le réaliser le plus nu possible et donc le plus
naturellement dans la nature. Il fallait donc monter et suivre les crêtes au
maximum ou comme dans cette nouvelle montée suivre de longs zig-zags aux
milieux des champs et chalets. Les quelques dizaines d’habitations furent
dépasser dans notre tenue habituelle associées aux bonjours chaleureux de leurs
habitants ou habitantes. Seule une femme seule baissa la tête à  notre
passage. Certains assis à l’ombre de leur maison prenaient la parole et nous
échangions quelques mots, toujours sympathiques et surtout informatifs. Un
couple de fermiers nous répondit ironiquement : « vous savez, nous sommes sur
des terres très catholiques ». Leurs larges sourires précédèrent les nôtres,
preuve de leur indifférence ou même de leur réactivité à certains tabous. Nous
reprîmes  notre marche encore plus heureux, jusqu’à la prochaine gasthof, le
Voldertallhutte Naturefreundehaus pour notre première halte rafraîchissante. Je
me laissas aller pour une assiette de saucisse avec choucroute, façon
autrichienne. J’avais déjà été tenté par ce plat deux jours avant. J’ai testé,
mais fût déçu  de la choucroute, bien trop cuite et grasse. Manger cela en
juillet sous un soleil de plomb peut paraître inadapté, mais pour un montagnard
en exercice çà passe assez bien à 1500m d’altitude. D’ailleurs la digestion fut
facile pendant les kilomètres suivants. Nous contournions de grandes collines,
au milieu des forêts. Rich venait d’appendre par des ouvriers nettoyant le toit
d’un bâtiment que les refuges suivants étaient tous fermés. Nous pensions que
le terrain était propice  aux randonneurs et aux refuges ouverts. Nous étions
en effet au milieu des pistes de ski locales. Nous avons d’ailleurs suivi une
immense piste et son remonte-pente. En haut nous découvrîmes un domaine skiable
imposant, le Patscherkofel, avec plein de restaurants et locaux techniques, des
aires de jeux, mais tous fermés. Nous décidâmes de bivouaquer sur la terrasse
de l’un de ces restaurants refuges. Il était 18h00 et nous venions de marcher
depuis 8h00 du matin. L’orage menaçait au loin, mais nous avions un toit et
surtout une belle vue, pour ce soir et aussi pour demain matin. Nous dépliâmes
notre matériel, fîmes même un peu de lessive près d’une source à proximité, une
bonne toilette aussi et préparâmes le repas. Ce fut l’improvisation. Chacun mit
sur les tables ce qui pouvait nous convenir pour ce soir. J’avais un stock de
soupe (tomate, champignons, légumes variés, cresson, petits pois), l’un mis un
peu de saucisson, un autre quelques fruits ou biscuits et les quelques mini
sandwiches réalisés le matin même. Une fois l’eau chauffée, nous pûmes
reprendre des forces. 


Un petit café clôtura  ce repas. Des marmottes au loin se
firent entendre, sur un coteau fleuri.  Un cycliste vint nous rendre visite en
pensant ce lieu ouvert, mais s’aperçut rapidement de son erreur. Notre tenue ne
l’offusqua pas du tout et il repris son chemin, aussi rapidement qu’il était
venu. Deux autres randonneurs passèrent, mais sans s’arrêter, tout comme un
cycliste pressé de rentrer. Nous mîmes nos sacs de couchage sur la terrasse
lorsqu’un 4x4 se gara au pied du refuge. Une dame en sortie les bras chargés de
courses, suivi d’un bel antillais. Ce dernier resta scotché à l’entrée de la
terrasse. Il y avait six gus, installés sur sa terrasse, avec un bel étalage
d’affaires, prêts à se coucher, mais aussi sans aucun vêtement, nus pieds
aussi. Certes c’est surprenant de s’accaparer cette propriété, mais vu l’heure
et l’absence d’autres habitants à 2000m, nous trouvâmes ceci presque normal. Sa
réaction ne se fit pas attendre. Il se fâcha  et dit « Ce n’est pas un camping,
ici », « Regardez ce bazar » Nous tentâmes de le calmer, mais il resta sur ses
positions.  C’est alors que la femme chercha à entrer dans le refuge. La porte
était fermée. Cela nous parût normal de fermer lorsque l’on quitte son
domicile. Mais là le gag continuait. En effet le couple avait laissé les lieux
sous la surveillance d’un ami resté à l’intérieur. Ce dernier n’avait pas
répondu à nos appels lors de notre arrivée et devait se tenir caché à
l’intérieur. Il eût fallu que les propriétaires tambourinent fort pour décider
l’occupant à ouvrir. Il le fit au bout de longues minutes. Nous  demandâmes si
l’on pouvait nous servir quelque chose. L’homme des îles se calma à ce moment,
Nous prîmes une bière fraîche, mais le propriétaire ne concéda rien d’autre,
pas même la possibilité de dormir à proximité. Il était bien 19h30 passés. Nous
étions à 2000m. Nous étions dans une zone couverte de rochers avec interdiction
de planter la tente dans ce secteur (panneaux multiples)  Nous devions trouver
un refuge ou une autre gasthof. Il y avait l’orage qui s’approchait. La
situation venait de se compliquer sérieusement. L’attitude  de cet homme était
irréfléchie mais dans un contexte particulier, où plein d’éléments inhabituels
venaient de surgir pour lui.  Bref, nous décidâmes de remballer tout,
rapidement, et de poursuivre sur les crêtes en direction du sud.. Chacun mit le
temps qui lui fallait et ce fut encore Chriss qui partît le dernier. Notre
groupe s’égrena sur le sentier sur plusieurs centaines de mètres. Nous voulions
quitter ces lieux au plus tôt avec la déception de ne pas avoir pu profiter de
ces lieux le lendemain matin. Rich fut le premier parti. Je le doublais plus
tard, lui cherchant, assis, avec son téléphone WAP une solution pour la nuit.
Il pût obtenir le téléphone des renseignements locaux et fit le numéro d’une
autre gasthof située à au moins deux heures de marche. La personne au bout
consentit à nous héberger. OUF,  nous avions une sortie de secours, mais il
fallait se dépêcher, la nuit allait tomber dans deux heures précisément. Il
fallait aussi ne pas se tromper car plusieurs croisements ornaient notre
parcours. La crête était magnifique, le soleil couchant rendait ses
merveilleuses couleurs. Nos regards allaient à ce moment vers nos pieds pour
assurer notre marche et ne pas perdre de temps. Dommage, nous perdions sûrement
de belles vues, mais la sécurité passe avant tout.  Peu avant 22h00, nous dûmes
allumer nos torches pour faire le dernier kilomètre, au milieu de cette crête
jonchée de racines et pierres coupantes. Mais rien ne pouvait nous arrêter.
Notre moral était intact et nous marchions vite et bien. Effectivement nous
vîmes les lumières bienveillantes surgir derrière la crête. Ce chalet était sur
un piton rocheux, accroché à la montagne, au bout du monde presque, il n’y
avait que 8 mètres de large sur cette crête pour recevoir cette habitation.
L’accueil fut chaleureux. Nous repérâmes nos lits à l’étage et bûmes une bonne
boisson. L’orage éclata quelques minutes après. Nous étions sauvés.  Il fallait
maintenant se reposer après cette folle journée, débutée à 7h00, à environ 600m
d’altitude par une marche, achevée à 22h00.sur un piton rocheux à 2000m.
Heureusement que Doug avait cédé ce matin. Il aurait pu nous poser des
problèmes supplémentaires à cause de sa fatigue.


5ème jour Au levé de cette nouvelle journée, le ciel était totalement couvert.
L’orage avait duré longtemps, mais notre fatigue de la veille nous empêcha d’en
savoir plus. Le petit déjeuner était prêt et nous pûmes apprécier l’endroit.
Tout rappelait la montagne et aussi la chasse. Les trophées  garnissaient les
murs, peaux et têtes, les fleurs séchées étaient partout, sur les tables et
étagères dans de belles compositions, mais aussi en bouquets accrochés aux
murs. De petites peluches s’égaillaient au coté de belles chopes alignées comme
dans une collection. Dans un coin quelques animaux empaillés, telle une
marmotte, un renard, des oiseaux  Magnifique lieu perdu dans la montagne digne
d’un 3 étoiles. Enfin pas tout à fait le luxe associé, à nos yeux ravis. Ce
lieu perdu n’avait pas l’eau courante, ni l’électricité. Des panneaux solaires
fournissaient le minimum de courant, et les WC possédaient un seau de sciure,
sans eau donc. Nous venions de nous laver la veille au soir dans le ruisseau,
alors la douche n’était pas nécessaire ce matin là., et si nous avions voulu,
nous ne pouvions le faire. Nous discutâmes, comme à l’accoutumé avec notre hôte
et il pût tout savoir sur notre périple.  Après notre petit déjeuner et un
nouveau repérage, il fallait redescendre dans la vallée. Une fois la porte
fermée de ce bel endroit, nous tombions le peu d’habits que nous avions, soit
au bout de trois mètres de la porte du chalet, au risque minime d’être vu par
l’habitant du chalet. Notre marche devînt habituelle et la fatigue de la veille
n’apparût plus. De même les 15kgs de notre sac devirent plus légers. Le
frottement des sangles fut bien moins douloureux. La peau,  nue comme le reste,
supporta mieux, même s’il y eût au début des marques de rougeur, depuis
cicatrisées.  La forêt fit encore partie de notre environnement, avec ses
grands chemins, puis ses larges allées. La sylviculture est bien organisée dans
cette région, comme partout en montagne. Mais nous ne rencontrâmes dans tout
notre voyage que deux groupes de bûcherons, dont un attablé à la terrasse d’un
petit chalet, au bord de notre chemin qui nous rendît le salut. Nous croisâmes
un autre jour un géomètre, ou encore un puisatier au travail.  Lors de ce
cinquième jour, pendant notre descente, une mère et ses deux petits garçons
montaient en promenade, ayant laissé le véhicule un peu plus bas. Elle essaya
de distraire sa progéniture en leur montrant un bac à eau installé sur le coté,
mais un des deux garnements avait son regard dirigé dans notre direction. Il
devait se dire que ces hommes nus représentaient un meilleur spectacle que
cette eau stagnante et sombre. Puis une famille, très occupée à charger la
poussette dans leur véhicule nous jeta un rapide regard. Nous changeâmes de
direction, comme prévu, vers un autre versant, plus tranquille. Nous avancions
allègrement vers le bas mais en contournant la montagne au maximum. Nous
descendions, mais par moment, nous remontions pour passer une petite vallée.
D’ailleurs, en montant, un couple de cyclistes nous doubla mais ne parvint pas
à nous distancer. 

La pente était très dure, mais à pied nous avancions
régulièrement. Quand nous faisions 10 mètres, eux en faisaient 10,50m
seulement. A un moment ces derniers qui avaient pris quelques mètres d’avance,
après 10 minutes, s’arrêtèrent pour boire un coup. Nous les rejoignîmes
rapidement. Nous nous arrêtâmes pour parler et expliquer la raison de notre
marche. Ils approuvèrent pleinement, mais concevaient mal de faire du vélo nu,
bien qu’ils devaient admettre la gêne occasionnée par les vêtements. Nous
reprîmes tous la route, en les laissant filer devant. Après une dernière
descente, nous atteignirent  les premières maisons de la vallée. Pendant  500m,
nous restâmes nus sur la route goudronnée. Seul un vieux tracteur nous croisa,
avec ses trois occupants, très curieux de notre attelage. Nous dûmes nous
rhabiller sur la grande route et chercher, le Meissnerhutte, une autre gasthof,
pour la halte matinale habituelle. Notre apfelschoerle fut bu avec délice. Nous
prîmes un plat ensuite pour renforcer nos corps avant de remonter. En sortant
du village, Rich voulût prendre un chemin plus haut pour passer une rivière,
mais Konrad estimait rejoindre l’autre rive par un petit pont, discret sur la
carte. Je le suivis, tandis que le groupe prenait les pas de Rich. Le choix de
Konrad fût le bon et presque sans effort, au plus court. Nous attendîmes tous
les deux le reste du groupe. J’en profitais pour me nourrir de succulentes
fraises sauvages, disponibles en nombre, sur le bas coté.  Après quelques
longues minutes Chriss et Russ se pointèrent, sans notre gentil organisateur,
sur le chemin opposé à cette rivière où nous les attendions. Ce dernier avait
choisi d’insister par un chemin plus haut et soit disant plus facile. En
réalité, il tomba dans un fouillis épineux et voulût enjamber une clôture.
Cette dernière céda et  le griffa à la cuisse avec un barbelé. Quand il nous
rejoignît, il était furieux, de sa blessure, mais aussi de son erreur de
parcours.  Rich pris rapidement la tête du groupe reconstitué sans nous laisser
la parole. Ce fut le premier couac de la semaine. Nous le suivîmes jusqu’à une
autre petite vallée et une autre traversée de rivière à faire. Nous avions
décidé de rejoindre un piton rocheux et boisé sur lequel était juchée une
petite église, à  St Kathrein.  


La rivière ne possédait pas de pont à cet
endroit. Konrad enleva ses chaussures et traversa  la rivière. Je pris la même
décision, mais choisis de remonter un peu plus haut Je vis un passage sans
devoir enlever mes chaussures. Les quatre à cinq rochers disposés au milieu de
cette rivière me permirent d’y passer à sec. Par contre, une fois de l’autre
coté, je redescendis le chemin   opposé sans rencontrer Konrad. J’étais seul,
car le reste du groupe avait décidé de remonter encore plus haut pour chercher
un pont.  A ce moment je fus inquiet pour la première fois. J’étais seul, sans
carte, le temps se gâtait et je ne parlais pas un mot d’autrichien.
Heureusement, le point de rencontre était cette église et Il y avait trois
chemins possibles. Konrad avait pris certainement le chemin raide contournant
légèrement ce piton, à son habitude. Le reste du groupe avait pris sûrement le
chemin  le plus haut, mais le plus long et le plus facile.  J’inspectais les
lieux et me rappelais aussi que notre église avait une sœur jumelle sur le
promontoire opposé de cette vallée. Il fallait que je ne confonde pas les
églises. Je choisis en fin de compte la voie directe, i.e, la plus raide, sans
chemin, au milieu des arbres et rochers accrochés à la montagne, pente à 70
degrés minimum. Le dénivelé devait être faible, environ 300m. C’est alors que
l’orage gronda au démarrage de mon ascension. J’avançais lentement, utilisant
mes bras sur les arbres ou les racines, calant mes pieds sur ces mêmes arbres
ou racines, creusant aussi le sol aux endroits moins accrocheurs. Les rochers
n’offraient que peu de prises et étaient à éviter. Des roches se détachèrent.
Alors je me décala  plus sur les arbres. La pluie se joignît à mon calvaire. Le
sol devint très glissant, surtout les racines et les branches tombées au sol. A
mi-chemin, je vis une église, mais celle plus au Nord, la sœur jumelle de celle
à laquelle j’allais rendre visite. Puis je vis une trouée dans la forêt,
au-dessus de moi. Cela sentait bon. Cela sentait aussi bon le bois. Je vis des
stères de bois bien rangés. Enfin, je me dis que  j’arrivais près d’un chemin,
celui de l’église. Les derniers mètres furent pénibles. Je m’arrêtais tous les
cinq pas, soufflais un grand coup et reposais mes pieds sur une zone moins
pentue. Encore dix mètres, puis six, puis trois. J’aperçus un passage grillagé
entre deux rangées de bois. Un dernier effort pour me hisser, sac sur le dos.
Ouf, me voici sur un grand chemin  Je repérais les lieux  Pas encore d’église
mais une vielle étable et un pré. Le chemin offrait un grand virage. J’y risqua
quelques pas et aperçus l’église, mais personne d’autre. Seul, nu, sous la
pluie qui redoublait d’intensité, mais heureux d’avoir atteint ce lieu.  Au
moment où je cherchais à me mettre à l’abri dans cette étable, la voiture du
fermier local passa dans le chemin. Je lui fis signe que je désirais m’abriter
ici. Il me fit signe OK et m’indiqua qu’il en était le propriétaire. Du moins
c’est ce que j’ai compris. Ma tenue ne l’avait guère questionnée. J’attendis un
instant, puis je remonta un peu le chemin. J’aperçus à ce moment Rich, Chriss
et Russ en haut. Je leur indiqua mon refuge et nous allions nous mettre à
l’abri. L’orage à ce moment éclata vraiment et des éclairs et grondements se
firent tout autour de nous.  Nous attendîmes une heure. C’est à ce moment que
je m’aperçus avoir perdu ma jupette. Cette dernière était accrochée à mon sac,
sur le haut. Mais durant mon ascension elle a dû se trouver prise dans une
branche. Je décidais de descendre cette pente à nouveau, mais sans sac à dos
pour tenter de retrouver mon outil de randonnueur personnel. Hélas après avoir
parcouru le tiers, je renonçais et rejoignis mes camarades. Plus de jupette,
outil que j’avais confectionné dans une robe, avec velcro, élastique et le mot
N@T, brodé par mes soins.  Nous n’avions pas retrouvé Konrad. Je suis allé voir
sous la pluie si ce dernier était à l’église, mais en vain.  Nous reprîmes le
chemin vers la ville de Steinach pour trouver de quoi se restaurer, toujours
sous la pluie. Mes camarades s’étaient protégés et  couverts complètement,
alors que j’étais resté nu, sous les grosses gouttes d’eau. Seul mon sac à dos
avait été recouvert de sa capote intégrée. La pluie ne me dérange pas, normand
que je suis. Rich avait bien sûr ouvert son parapluie et en était très fier.
Nous arrivâmes aux premières maisons. J’avais compris que nous devions remonter
vers une gasthof et avait gardé ma tenue préférée. Après trois rues passées,
dont les pompiers de la ville, mes camarades me demandèrent si je comptais
resté comme cela jusqu’à la gare, lieu plus aisé pour se restaurer. Je venais
de comprendre que mon short (hélas plus ma jupette) devenait nécessaire. C’est
là aussi et hélas que je m’aperçus que ma carte bleue ne fonctionnait plus, ce
qui plus tard devint très gênant.  Une pizzeria, pour changer, nous offrit un
renseignement sur un gîte. Nous réservâmes  notre table pour la soirée et le
patron du gîte vint nous chercher en voiture. Nous pûmes profiter de notre
chambre commune pour nous laver un peu. Rich réussit à contacter Konrad qui
nous rejoignît juste avant de partir à la pizzeria. Après ce repas différent de
l’habitude, nous finissâmes la soirée dans un bistrot. La coïncidence fut que
l’équipe de foot française jouait contre les portugais ce mercredi soir là.
Nous reprîmes le chemin de notre gîte à la mi-temps (France1-0 Portugal) Nous
nous reposâmes dans ce charmant gîte appelé Waldheim.


6ème jour Après un excellent petit déjeuner, nous décidâmes de passer de
l’autre coté de l’Inn, sur l’autre versant de cette immense vallée qui rejoint
l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Nous remontions une nouvelle fois. Un
renard fut surpris et nous le vîmes rapidement traverser notre allée. Nous
passâmes sous l’autoroute et ses immenses piles de pont pour rejoindre d’autres
pistes de ski, ainsi que de belles forêts. L’autoroute n’utilise que des ponts
pour traverser l’Autriche, dans cette vallée. Il n’y a aucun tunnel, bien plus
coûteux qu’un pont. Et des ponts il y en avait  bien une quinzaine. L’autoroute
est située à mi-flan sur le versant Ouest, moins habité. Certains ponts
pourraient presque rivaliser avec celui de Millau.  A cet endroit de notre
parcours, le terrain offre un rétrécissement important de la vallée et des
pentes très raides, près de Stafflach, juste avant Gries A. Brenner. Notre
montée fut régulière et la fatigue de Russ se fit vraiment sentir. Nous
passions de champs en forêts, d’alpages en tapis fleuris. Nous traversions
encore des sources avec ses magnifiques abreuvoirs. Ces immenses bacs sont
taillés dans un tronc d’arbre. Ils sont sculptés et datés. Une branche
originale le surplombe et un jet d’eau la traverse. Nous retrouvons très
régulièrement ces œuvres, au pied de chaque ferme, beaucoup en ville à chaque
source et même en pleine forêt. Pas la peine de se baisser. Cela est pratique
pour nous, les hommes mais aussi pour les animaux, comme ce chien mettant ses
deux pattes avant sur une pierre et lapant cette eau fraîche. Nous suivîmes
ensuite un chemin très étroit, en longeant une clôture. Les racines étaient
partout et rendaient notre marche difficile. Cette ascension fut sans
rencontre, du moins pas à mon souvenir. C’est vrai, nous avions réalisé  6
jours de randonnue et les rencontres devenaient tellement naturelles que nous
étions habillés de sérénité et de transparence. Nous avions atteint cette
plénitude de nudité, cette communion avec la nature, cette union de tous nos
esprits. Le groupe était devenu nu de l’extérieur, mais, ornés de mille
richesses à l’intérieur. Comment un promeneur pouvait-il nous trouver si
incongrus ? Impossible ! !. Nous étions NATURELS.  Puis nous arrivâmes au
sommet, au Sattelalm, épuisés, surtout pour Russ, mais heureux. Oui, la
frontière italo-autrichienne était à un quart d’heure de marche. Au sommet se
trouvait une gasthof. Nous déjeunâmes et bûmes satisfaits d’être si près de
notre but. Nous étions 5 à avoir réussi cette aventure, malgré l’abandon de
David, mais surtout celle de Doug, il y avait peu de temps. Le lieu était
rempli de cyclistes qui prenaient les grandes routes caillouteuses
avoisinantes, plus dégagées et roulantes. Notre choix était de profiter de la
nature avec ses accès plus difficiles et étroits, remplis de traversées de
torrents ou d’éboulis, mais aussi  d’apprécier les odeurs, la course du
chevreuil ou celle du chamois, de distinguer le chant d’un oiseau, de mesurer
le changement de couleur d’une montagne aux différentes heures de la journée.
Le soleil, d’ailleurs, avait été présent, malgré la forte pluie de la veille.
Nous avions fait le point et décidâmes de nous séparer en deux groupes. Rich
accompagnerait Russ, trop fatigué, vers la gare frontière de Brenner le
lendemain matin, après une nuit dans ce refuge, tandis que nous trois Konrad,
Chriss et moi, continueront d’avancer après la frontière, pour gagner du temps
pour l’Italie. Sur ce, il nous restait le quart d’heure de marche pour
atteindre tous les cinq cette tant convoitée frontière italo-autrichienne. Nous
quittâmes cette gasthof que Rich et Russ allaient retrouver après ce  dernier
bout de chemin ensemble. Effectivement la frontière fut atteinte comme prévu. A
cette hauteur, la frontière est représentée uniquement par une borne, un
panneau indicateur et un grillage ouvert en Z. Pas de douanier, ici, mais
seulement trois vaches (des vraies, pas des douaniers !!) Nous échangeâmes
quelques mots de sympathie et de bonheur. Une poignée de main fur serrée, comme
le cœur à ce moment.  Un dernier coucou et les deux groupes s’écartèrent.  Nous
sûmes plus tard que Rich et Russ atteignirent la gare de Brenner, pour
l’Allemagne, sans problèmes le lendemain matin, puis se promenèrent dans Munich
l’après midi.  Notre groupe de trois, poursuivit son avancée en Italie. Nous
devions aller à Vipiteno, qui se trouvait sur le versant opposé, et donc
redescendre.  Nous pensions rallier le fond de la vallée plus loin et éviter
les pentes raides du versant  


Nous prîmes une direction indiquée sur la carte.
Nous passâmes devant une ferme isolée à 1800m avec un fermier au travail. Puis
le chemin devint encore plus difficile. Nous cherchions notre route. Les cartes
ne sont pas si sûres que cela et surtout très anciennes. Le chemin à cet
endroit disparaissait et nous dûmes rebrousser chemin et repasser devant la
ferme. Le fermier revit ces drôles d’individus nus, mais n’était plus tout
seul.  Les deux hommes échangèrent un coucou simplement. Nous trouvâmes la
route qui  descendait vers la vallée, mais pas la route que nous souhaitions.
Comme nous avions monté un peu, nous étions à environ 2100m et il fallût
descendre, d’une traite, ce chemin  raide sur des cailloux, en zig-zag  pour
atteindre les 700m. Très dur, plus dur que de monter. Le terrain glissant
nécessitait une assurance supplémentaire et nous fatiguait encore plus. Les
doigts de pied cognaient l’avant des chaussures à chaque pas. Le sac à dos
rendait l’exercice plus périlleux. L’autoroute se voyait en bas, toute petite.
C’est à peine si on reconnaissait les camions.  Après une  interminable
descente, nous arrivâmes au pied de l’autoroute, à cinq cent mètres de
l’ancienne frontière.  Il nous fallait traverser à nouveau l’autoroute, l’Inn,
la nationale et la ligne de chemin de fer. Pas de pont à proximité, sauf en
revenant sur l’Autriche. Nous préférâmes poursuivre en Italie et suivre la
nationale. Ce qui fut fait pendant au moins 3 kms. La pluie s’est mise à tomber
faiblement. Je restais torse nu, mais mes compagnons se rhabillèrent
complètement. Nous fîmes encore un kilomètre, jusqu’à une gasthof. En nous
voyant, mouillés mais habillés, la patronne ne voulût pas nous servir un café
ou une autre boisson, mais nous indiqua tout de même le prochain tunnel. Nous
étions rejetés dehors, sous la pluie qui  s’était intensifiée. Dur à digérer.
Au bord de la route nous restâmes dans un abri bus pendant une petite heure à
attendre une éclaircie. Finalement, la pluie cessa et nous trouvâmes le fameux
tunnel, puis un pont pour nous retrouver au pied de la forêt. Je pus, dès le
tunnel, revêtir ma tenue de peau, avant les autres, i.e, enlever ce short que
j’avais du mal à supporter, Nous devions remonter vers un autre refuge,
l’Enzianhutte, pour la nuit. Et là il fallait grimper à au moins 1800m. Nous
voulions aligner les kilomètres, pour mieux profiter le lendemain du paysage.
Ce qui fut fait  normalement, presque banalement. La montée nous fit serpenter
dans la forêt, très peu touffue, agréable à regarder, faite de multiples
couleurs. Nous  passâmes devant une petite maison avant d’atteindre notre
refuge. Un sympathique italien, habillé tel un barman pris l’envie de parler
avec nous. Après de longs échanges celui ci voulut être pris en photo. Sa femme
et un couple d’amis étaient restés à l’écart mais riaient bien. Ils nous
avaient vus nus à moins de dix mètres. Nous nous étions recouverts pour aller à
leur rencontre, mais ils riaient toujours. Pas d’autre rencontre à noter, ou
alors on ne fait plus attention, même si on dit bonjour. D’ailleurs, dans le
Tyrol, la langue utilisée est l’allemand dans les trois pays visités. Aussi,
j’aimais internationaliser notre groupe et répondais souvent en français, en
insistant bien. Je pense que je coupais la réflexion peut-être négative des
gens sur notre nudité, par une autre réflexion plus élargie et donc plus
positive. Quand cela ne suffisait pas je rajoutais « Vive la France » et Rich
surenchérissait avec « Viva Italia » Donc nous arrivâmes à notre dernier lieu
de repos. Nous nous installâmes dans ce refuge pour la nuit, très confortable,
tout à fait en haut, dans un grenier aménagé en dortoir. Konrad se mit près de
la fenêtre (laissée ouverte la nuit), comme à son habitude, mais surtout à
cause de son extrême sensibilité aux odeurs, même  de très agréables. Une bonne
douche suivant le repas,  avant de se coucher,  nous permit de rêver de ce
fameux dernier jour. L’orage, une nouvelle fois éclata, mais plus loin de notre
villégiature.


7ème et dernier jour Réveil tardif vers 8h30. D’ailleurs le soleil ne se montra
guère matinal. Nous étions dans les nuages, qui montaient et descendaient
suivant l’heure de la matinée et la température. L’air était donc très humide,
mais supportable. Cela nous a permis de faire des dizaines et des dizaines de
rencontres par la suite… Au petit déjeuner, nous tournions les cartes dans tous
les sens. En effet, notre retour était imminent pour Vitipeno, même trop
proche, soit seulement trois ou quatre heures de marche. Nous voulions passer
une montagne, encore plus haute que celles des jours précédents, soit un 3000m.
Le gardien du refuge nous assura de la possibilité de monter en cette saison.
Nous avions la forme et l’envie de découvrir encore autre chose, de côtoyer
d’autres types de rochers, d’autres pentes, d’autres glaces, d’autres forêts.
Le ciel ne se dégagea pas vraiment. Alors, par sécurité, nous renonçâmes à
cette ascension finale, pour rester sur les flans et crêtes.  Le trajet final
fut une merveille malgré le peu de soleil. En effet, imaginez parcourir un parc
naturel, avec des arbres espacés, sapins bien taillés, où pousse une herbe
courte, tâchée de fleurs variées. Le jardinier de ce paradis n’est que la
nature elle-même. L’homme ne peut intervenir à cette altitude et sur de si
grandes surfaces. A 2000m, pendant deux heures nous savourions chaque pas et
nous avions le temps. Mais aussi, nous faisions attention où mettre les pieds.
Pas pour éviter la glisse, mais pour éviter les salamandres. Au départ j’en vis
une, puis une autre, puis deux autres, puis presque une tous les trois pas.
Nous avons fait plusieurs kilomètres comme cela en désignant au suivant:
« attention salamandres » ou « another » ou « take care » Ce fut donc quelques
centaines de ces petites bêtes noires que nous croisions sur cet étroit chemin.
Et encore nous vîmes que celles sur le chemin ! !Autant vous dire que nous ne
pensions plus du tout à nos efforts, tellement nous étions admiratifs et
précautionneux. Des chevreuils nous croisaient, les oiseaux nous donnaient un
récital. Nous étions aux anges, sans plumes mais à poils et il fallait
redescendre…. Sur terre, ou du moins dans la vallée et retrouver la société.
Après ce nectar naturel, nous vîmes un banc au milieu de la forêt, sur le
chemin et c’était l’heure de casser la croûte.  Nous avons déballé tout ce qui
nous restait. Soupe à nouveau, gâteau, une pomme à partager, morceaux de
saucisse suffirent à nous restaurer avec le réchaud de Konrad. Chriss parti nu
avec une poche pour l’eau repérée dans un torrent 500m avant. Nous avions tout
déballé et nous prenions presque tout le passage. A ce moment une famille
passa, la grand-mère, la mère et ses enfants, puis un couple dans l’autre sens.
Nous avions été tranquilles depuis longtemps et en peu de temps, plusieurs
personnes nous croisaient. Mais ces rencontres furent amicales. Chriss revint
et avait lui aussi vu ces personnes, mais lui était seul, nu, uniquement avec
sa poche d’eau.  Là également, tout s’était passé admirablement. Ce fut notre
dernière pause. Nous l’avions appréciée et la vue sur la montagne et la vallée
était majestueuse, dont le banc sur ce chemin. La descente continua dans un
serpentin de verdure.  Nous vîmes au loin la petite ville italienne de
Vitipeno, à l’Est des grands axes de transports que nous suivions depuis
plusieurs jours.  Le style avait déjà changé. Des maisons simples mais de
revêtements colorés faisaient maintenant place aux demeures solides et
richement décorées d’Autriche, chargées de fleurs et de sculptures.  Nous
prîmes le chemin forestier le plus près du centre de cette ville, pour rester
nu au maximum. Notre chemin arriva à environ 300 m de l’entrée et de ses
maisons. Nous nous habillâmes, car le trafic devenait trop important. Les gens
travaillaient dans leur maison portes ouvertes, le cantonnier fauchait le
talus, le fermier déchargeait son fumier. Remarque au passage. Que cela soit en
Allemagne, en Autriche ou en Italie, au Tyrol, dans chaque petit village de
montagne, il y a une ou deux fermes en plein milieu du village, ce qui peut
paraître normal. Mais il y a aussi son tas de fumier dans la rue principale.
Mais ce qui est surprenant, c’est que ce tas de fumier est joli et bien
entretenu. Il est bien délimité par des murets et aucun écoulement, ni d’odeur
n’apparaît.  Nous étions en début d’après-midi et le ciel avait du mal à se
découvrir (comme nous à rester couverts) Il nous restait encore un kilomètre à
faire pour le centre ville, mais notre chemin surplombait la ville, juste
au-dessus de la ligne de chemin de fer.  La vue était suffisamment claire, avec
la petite église au fond et les multiples toits de cette ville italienne. Notre
chemin s’était transformé en route goudronnée, sans maison à cet endroit, mais
les abords étaient verdoyants (avant que le cantonnier ne les coupe) Alors
diriez vous, le coin était idéal pour prendre une photo. Et de quelle photo
allions nous faire ?  Tout simplement de nous trois,  nus, avec Vitipeno comme
toile de fond. Hop, à bas le short, cadrage des zouaves et déclencheur auto en
route ! Vlan,  dans la boîte pour souvenir ! ! !Une fois, deux fois, trois
fois ! ! Youppie, réussi ! !  A peine avions fini les photos, que la route fut
envahie par deux gros camions et trois voitures. Le destin nous avait octroyé
trois minutes pour nos prises de vues en toute tranquillité.  Nous entrâmes
dans le centre ville, pour nous asseoir, sur la place principale, autour d’une
bonne bière et fêter notre réussite.  Le périple venait de prendre fin. Nous
étions heureux. Heureux d’avoir pu achever cette difficile marche, mais aussi
heureux d’avoir pu découvrir tant de belles choses. 


Heureux finalement d’avoir
pu démontrer que la nudité hors de nos clubs ou centres était bien vécue et
possible. Nous espérons avoir fourni cette fibre de bonheur et de liberté à des
centaines de promeneurs ou travailleurs rencontrés. Qu’ils transmettent notre
pureté, notre joie et qu’ils se libèrent de leurs tabous.  Nous espérons aussi
réconforter ceux qui ont débuté dans la randonnue et surtout décider ceux et
celles qui aimeraient tant et qui hésitent encore (…pour si peu) Notre route se
sépara près de la gare, Chriss avait un train plus tard.  Konrad fit le voyage
en train avec moi, jusqu’à la frontière autrichienne, pour un premier
changement de train, puis après un deuxième changement de train à Innsbruck (3
pays donc 3 trains différents), nous nous séparâmes. Lui pris la direction de
Zurich et moi celle de Garmisch Partenkirchen. Arrivé, je pus retrouver mon
véhicule, laissé une semaine plus tôt. J’avais l’intention de rester à l’hôtel
et profiter le lendemain et les jours suivants d’un peu de shopping et de
visite en Allemagne. Hélas, ma carte ne fonctionnait toujours pas et je n’avais
plus beaucoup d’argent sur moi. J’avais encore  bien 300kms pour rallier la
frontière française, par autoroute et un peu plus sur les nationales. Donc, par
sécurité, comme l’hôtel ne prenait que la carte bleue, j’ai pris la route le
soir même, pour me rapprocher. Après une heure de route, je pus trouver une
allée forestière et souper de ce qui me restait. La nuit ne fut pas
extraordinaire dans mon véhicule, mais cela me reposa un peu. Dés les premières
lueurs, je repris la route vers la France.  Pour l’anecdote, les maisons et les
voitures allemandes  étaient toutes décorées de drapeaux. L’équipe allemande
jouait la petite finale le soir même à Stuttgart, ville que j’évitais, pour
longer la Suisse par le lac de Constance et entrer en France vers Bâle.  Je ne
pus trouver de drapeau français pour décorer ma voiture, hormis des mouchoirs à
nos trois couleurs garnissant mes vitres. En effet, les italiens, adversaires
de français arboraient eux pleins de drapeaux. J’ai dû être le rare français à
honorer notre drapeau en sol allemand  dans un véhicule, sur ce parcours.
Bref, ce retour rapide n’occulta pas le bonheur reçu de cette marche nue et de
cette rencontre avec mes amis internationaux parmi dame nature, être suprême,
seul à être respecté au plus haut.  Vive la NEWT 2006.  A bientôt la NEWT 2007 


Par Christian LEGER le 31 juillet 2006 Mail : legerch@paris7.jussieu.fr   

Remerciements  à Rich, Chriss, Konrad, Russ, David et Doug, mais aussi à tous
ces inconnues et inconnus qui ont maintenant un regard existentiel de la
randonnue 


Let's not forget Steve Gough, Vincent Bethell, and Terri Sue Webb, for their singular battles against ignorance and prejudice in our allegedly enlightened Europe of the 21st century.
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